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Béton préfabriqué & impression 3D

ViliaSprint² : l’immeuble imprimé en 3D de Bezannes décrypté

À Bezannes, dans la Marne, le bailleur social Plurial Novilia a fait imprimer en 3D les murs porteurs d'un immeuble de 12 logements : 800 m² habitables sur trois niveaux, 4,5 millions d'euros pour deux bâtiments et environ 30 % de surcoût. Voici ce que ce chantier prouve, et ce qu'il ne règle pas encore.

Immeuble en béton en cours de construction, illustration du gros œuvre
Illustration — gros œuvre béton. Crédit : Mathias Reding / Pexels

À Bezannes, dans la Marne, le bailleur social Plurial Novilia a fait imprimer en 3D les murs porteurs d’un immeuble de 12 logements : 800 m² habitables sur trois niveaux, 4,5 millions d’euros pour deux bâtiments et environ 30 % de surcoût. Voici ce que ce chantier prouve, et ce qu’il ne règle pas encore.

Un immeuble de 12 logements, murs imprimés sur site

Le projet s’appelle ViliaSprint². Il est porté par Plurial Novilia, bailleur social du groupe Action Logement, à Bezannes, en bordure de Reims (Marne). Selon le communiqué du maître d’ouvrage daté du 4 avril 2025, il s’agit d’un immeuble de 12 logements sociaux en R+2 dont la structure porteuse — les murs de façade et les murs intérieurs sur trois niveaux — a été imprimée en 3D béton directement sur le chantier.

Les dimensions annoncées donnent la mesure de l’objet : une largeur moyenne de 10 mètres, une longueur de 30 mètres et une hauteur de 9 mètres. Chaque étage offre une surface brute de 300 m², soit 800 m² habitables pour l’ensemble des logements. Plurial Novilia le présente comme le plus grand immeuble d’appartements imprimé en 3D du continent. L’opération a une particularité qui vaut d’être relevée : sur la même parcelle, un second bâtiment identique est construit de façon traditionnelle, précisément pour comparer les deux modes de construction, en chantier comme en exploitation.

Immeuble en béton en cours de construction, illustration du gros œuvre
Illustration — gros œuvre béton. Crédit : Mathias Reding / Pexels

Comment les murs sont imprimés

L’impression est réalisée avec une COBOD BOD2 exploitée par PERI 3D Construction : un portique robotisé de 12 mètres de largeur sur 11 mètres de hauteur, dont la tête mobile dépose et empile des cordons de béton au-dessus de la moitié du gabarit du bâtiment. Chaque mur n’est pas un bloc plein. D’après le communiqué, il est composé d’une peau extérieure de 8 cm et d’une double peau intérieure de 16 cm, séparées par un vide de 20 cm comblé par un isolant ; des connecteurs en fibre de verre (fournis par Schöck) lient les couches et rigidifient l’ensemble. Les murs ainsi obtenus sont porteurs.

Le béton n’est pas un mortier : Holcim a adapté son encre d’impression TectorPrint pour obtenir un béton de classe de résistance C40/50, renforcé par des macro et micro-fibres synthétiques. Il appartient à la gamme bas carbone ECOPact, que le fabricant annonce à au moins 30 % d’émissions de CO₂ en moins qu’un béton traditionnel, formulé à partir du ciment ECOPlanet et confectionné sur place avec des granulats sourcés localement. Le gros œuvre a été confié à l’entreprise générale Demathieu Bard, la maîtrise d’œuvre à HOBO Architecture et le contrôle technique à Socotec.

Le calendrier et le coût, face au bâtiment jumeau

Les travaux préparatoires — infrastructures et plancher haut du sous-sol — se sont déroulés de septembre 2024 à mars 2025. La phase d’impression devait durer moins de trois mois, au rythme d’un étage imprimé en quatre semaines maximum, et s’achever en juin 2025 pour une livraison programmée au premier trimestre 2026. Le maître d’ouvrage chiffre le gain à deux mois sur la seule superstructure, par rapport à une opération classique.

DonnéeViliaSprint² (imprimé en 3D)
Logements12 logements sociaux, R+2
Surface300 m² brut/étage, 800 m² habitables
Gabarit imprimé10 m × 30 m × 9 m
ImprimanteCOBOD BOD2 (PERI 3D), portique 12 × 11 m
Composition de murpeau 8 cm + double peau 16 cm, vide 20 cm isolé
BétonHolcim ECOPact, C40/50, −30 % CO₂ annoncé
ÉnergiePAC collective + 500 m² de photovoltaïque
Investissement4,5 M€ pour les deux bâtiments, environ +30 %

C’est le point à retenir pour un acheteur : l’impression 3D ne fait pas baisser la facture. Plurial Novilia assume un surcoût d’environ 30 %, lié à la technologie et à la recherche, pour un investissement global de 4,5 millions d’euros sur les deux bâtiments. Le même constat ressort du marché résidentiel que nous avons documenté dans notre dossier sur le prix réel d’une maison imprimée en 3D : la promesse est la vitesse et la liberté de formes, pas encore l’économie. À titre de comparaison, le gain de délai revendiqué ici reste du même ordre que celui que nous avons mesuré sur la maison modulaire bois, sans le passage en usine.

Mise en œuvre du béton sur un chantier de construction
Illustration — béton mis en œuvre sur site. Crédit : CONSTRUCCIÓN TOTAL / Pexels

Ce que le procédé apporte, et ses limites

Au-delà de la rapidité, l’intérêt mis en avant est environnemental et ergonomique. Les formes arrondies, rendues possibles par l’outil numérique, permettent une économie de béton estimée à 10 %. Le bâtiment intègre des matériaux biosourcés et géosourcés — de la perlite et du bois pour la structure des balcons —, 500 m² de panneaux photovoltaïques et une pompe à chaleur collective. L’objectif affiché est une autonomie énergétique globale de 60 % et une conformité au palier 2025 de la RE2020 (arrêté du 4 août 2021). Sur le chantier, le procédé réduit la pénibilité liée au port de charges de béton.

Les limites sont tout aussi concrètes. Le surcoût de 30 % reste le premier obstacle à une diffusion large. L’épaisseur imprimée est importante, et le comportement dans le temps de l’isolant logé dans le vide de 20 cm fait partie des points que le bâtiment jumeau servira justement à surveiller. Enfin, on parle ici d’un immeuble collectif, pas d’une maison individuelle : les économies d’échelle d’un chantier de 12 logements ne se transposent pas mécaniquement à une construction unique. Pour mesurer ce qui distingue vraiment un procédé industrialisé d’une construction sur mesure, notre comparatif des techniques de maison préfabriquée et nos relevés de prix de la maison ossature bois donnent des repères utiles.

L’ATEx, un passeport d’expérimentation, pas une norme courante

C’est le point réglementaire que tout particulier doit comprendre avant de s’enthousiasmer. Les murs imprimés ne relèvent d’aucun DTU. Pour construire, Plurial Novilia indique avoir obtenu, en mai 2024 selon son communiqué, une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx) assortie d’un avis favorable du CSTB, au terme de plus d’un an d’études et d’essais d’impression. L’ATEx autorise la mise en œuvre d’un procédé non traditionnel sur une opération donnée ; elle n’en fait pas une technique courante assurable sans examen. Cette frontière est la même que celle qui pèse sur d’autres procédés béton que nous avons détaillés, comme le prémur, ou sur la question, centrale, de la technique non courante en construction. Vous retrouverez le détail de ce procédé dans des sources techniques indépendantes comme la presse spécialisée de la fabrication additive.

Ce chantier s’inscrit dans un mouvement plus large d’industrialisation de la construction, que nous suivons aussi du côté de l’acier avec le bâtiment modulaire et du boom du modulaire. Reste à savoir à quel rythme ces procédés sortiront de l’expérimentation pour atteindre le prix maîtrisé qui les rendrait accessibles à un particulier.

Immeuble de logements collectifs contemporain
Illustration — logement collectif contemporain. Crédit : Mathias Reding / Pexels

Questions fréquentes

ViliaSprint² est-il une maison individuelle imprimée en 3D ?

Non. C’est un immeuble collectif de 12 logements sociaux en R+2, à Bezannes (Marne), et non une maison individuelle. Ses murs porteurs ont été imprimés en 3D sur site, pour une surface habitable de 800 m². Les enseignements du chantier ne se transposent donc pas tels quels à une construction unique de particulier.

Une construction imprimée en 3D coûte-t-elle moins cher ?

Non, pas aujourd’hui. Le maître d’ouvrage annonce un surcoût d’environ 30 % par rapport à une opération traditionnelle, pour un investissement global de 4,5 millions d’euros sur les deux bâtiments. L’intérêt actuel du procédé est la rapidité de la superstructure et la liberté de formes, pas l’économie sur le prix de revient.

Le procédé est-il normé et assurable comme une construction classique ?

Pas encore. Les murs imprimés relèvent d’une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx), obtenue en 2024 avec avis favorable du CSTB d’après le maître d’ouvrage. C’est une autorisation d’expérimenter sur une opération, pas une technique courante couverte d’office par l’assurance décennale : chaque projet reste à examiner au cas par cas.

Quand l’immeuble devait-il être livré ?

Au premier trimestre 2026, selon le calendrier du communiqué. L’impression des murs devait s’achever en juin 2025, après des travaux préparatoires menés de septembre 2024 à mars 2025. La phase d’impression était annoncée à moins de trois mois, au rythme d’un étage toutes les quatre semaines maximum.